Un homme qui,
en 1986, meurt encore de faim,
est une insulte à soi-même et à l'humanité toute entière !
Daniel
Balavoine
Il y a
quelques jours, nous avions demandé à Daniel
Balavoine de nous expliquer pourquoi il partait en Afrique. Pourquoi il
s'engageait avec son cœur et ses poings fermés
dans la nouvelle opération de l'organisation humanitaire
Band Aid.
Pourquoi,
enfin, il invitait les enfants des classes françaises
à participer avec lui à "Action-Ecole", avec
Michel Berger et France Gall, et à recueillir des vivres
pour aider ceux qui souffrent de la faim à ne pas mourir.
Voici ce
qu'il nous avait écrit :
Et
si nous nous trompions, si ce n'était pas seulement une
question de cœur et d'idéal mais aussi une
question d'intelligence et de réalisme. Alors,
nous ne parlerions plus de lutter contre la faim dans le monde mais
pour la fin du monde insensé.
Faire
la charité au hasard, ça ne sert à
rien. Si ce n'est à se donner bonne conscience. C'est pour
ça que je m'engage aujourd'hui dans "Action-Ecole". Parce que
c'est une action profondément différente. Un acte
politique et économique. Et parce que c'est bien de se
sentir impliqué en parlant vrai. Si je le fais, c'est aussi
pour pouvoir demander à d'autres de s'engager avec moi.
Et puis c'est un acte philosophique. Moral. Il faut éviter
que les denrées n’arrivent en Afrique sous forme
de soupe populaire. Il faut préserver la dignité
des gens. Il ne s’agit pas là d’un
héroïsme de chanteur en croisade mais
d’une motivation personnelle. Pas de charité, mais
de la nécessité. Et peut-être tout
simplement du réalisme. Il s’agit de lutter contre
ce monde inhumain. Pas forcément par bonté ou par
cœur, mais peut-être tout bêtement pour
soi. Parce qu’un homme qui, en 1986, meurt encore de faim,
est une insulte à soi-même et
à l’humanité toute entière.
Ce
que je veux dire aux enfants, c’est : " Il
faut agir ! "
Et
peu importent les raisons qui les poussent à le faire. Au
moins, leurs motivations seront vraies et honnêtes. Il faut
balayer les habitudes. Cela ne sert à rien de se consterner,
de protester vainement, de geindre.
"L’école en guerre contre la faim",
c’est beaucoup plus que cela. Beaucoup plus fort encore.
C’est du moins comme ça que je le ressens, sans
bluff ni larmes.
Il
faut voir les choses comme elles sont, même si elles
dérangent. Les adultes ne voient pas, ne comprennent pas
toujours cela. Alors, je fais appel aux enfants pour les aider à comprendre.
Il n’est plus question de quête ou de sollicitation
mais d’action. Un passage de relais entre eux, nous et le
monde. Tout le monde. L’étape importante
d’un combat de longue haleine.
Pour telle action, je n’envisage pas
l’échec une seule seconde. Mais si, par malheur,
c’était un échec, alors ce serait la
honte. Une honte si violente qu’elle devrait nous
brûler comme le soleil brûle le désert.